Festival Gnaoua d'Essaouira : musique, transe et patrimoine UNESCO
Qu'est-ce que la musique gnaoua ?
La musique gnaoua est l'une des expressions culturelles les plus profondes et les plus singulières du Maroc. Elle plonge ses racines dans l'histoire de l'Afrique subsaharienne : les gnaoua sont les descendants d'esclaves africains amenés au Maroc à partir du XVIe siècle, principalement du Soudan, du Sénégal, du Mali et du Ghana.
Bien plus qu'un simple genre musical, la pratique gnaoua est un système spirituel et thérapeutique complet. Elle associe chants, percussions, transes et rituels de guérison appelés lila ou derdeba. Le guembri — une basse à trois cordes en bois et peau de chameau — est l'instrument central, accompagné des qraqeb, des castagnettes en métal dont le claquement rythmé plonge progressivement les participants dans un état de transe.
En décembre 2019, la musique gnaoua a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Cette reconnaissance internationale salue un art vivant, transmis de génération en génération au sein des confréries gnaoua.
Les maâlems — maîtres gnaoua — passent des années à apprendre le répertoire, les rythmes et les couleurs rituelles associées à chaque entité spirituelle (mlouk). Chaque couleur, chaque mélodie correspond à un mlak particulier — un ancêtre ou un esprit — dont la présence guide la cérémonie.
Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde
Fondé en 1998 à Essaouira, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde est devenu en moins de trente ans l'un des rendez-vous musicaux les plus importants du continent africain et du bassin méditerranéen. Il attire chaque année entre 400 000 et 500 000 festivaliers, et des dizaines de maâlems venus de tout le Maroc s'y retrouvent aux côtés d'artistes internationaux.
Le festival se tient chaque année en juin, durant trois jours, sur les places et scènes d'Essaouira : la scène Moulay Hassan — la principale, en plein air face à la médina — la scène de la Porte de Marrakech, et de nombreuses petites scènes dans les ruelles de la vieille ville.
Les fusions au cœur du festival
Ce qui distingue le Festival Gnaoua des autres festivals de musiques du monde, c'est sa philosophie de dialogue musical. Chaque édition met en scène des fusions : des maâlems gnaoua collaborent en direct avec des musiciens de jazz, de blues, de flamenco, d'électro ou de world music venus du monde entier.
Ces fusions ne sont pas préparées en studio : les musiciens se retrouvent parfois pour la première fois quelques heures avant le concert. Il en résulte des performances uniques, imprévisibles, où la transe gnaoua rencontre le blues du Mississippi, le reggae jamaïcain ou la musique soufie d'Asie centrale.
Parmi les artistes internationaux qui ont partagé la scène avec des maâlems gnaoua : Pharoah Sanders, Carlos Santana, Marcus Miller, Wayne Shorter, Oumou Sangaré, Randy Weston, ou encore Damon Albarn.
Essaouira, ville de la musique et des vents
Essaouira — appelée aussi Mogador — est une ville à part dans le paysage marocain. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO pour sa médina historique depuis 2001, la cité océanique est depuis longtemps un carrefour culturel ouvert sur l'Atlantique. Ses remparts, ses ruelles bleues et blanches, ses fondouks et ses souks créent un cadre extraordinaire pour un festival de cette envergure.
Comment assister au Festival Gnaoua ?
La grande majorité des concerts du Festival Gnaoua sont gratuits et en plein air. Les scènes principales (Moulay Hassan, Porte de Marrakech) sont accessibles à tous.
Quand : Chaque année en juin
Où : Essaouira — scène Moulay Hassan, Porte de Marrakech, médina
Entrée : Gratuite pour la majorité des concerts
Accès : Bus depuis Marrakech (3h), Casablanca (5h30), ou avion jusqu'à Marrakech-Ménara puis transfert
La musique gnaoua aujourd'hui
Au-delà du festival, la musique gnaoua connaît un renouveau remarquable au Maroc et à l'international. De jeunes maâlems comme Hamid El Kasri ou Maalem Mokhtar Gania ont porté cet art dans les salles de concert du monde entier, tout en préservant son ancrage rituel.
Maalem Mahmoud Guinia est considéré comme l'un des plus grands interprètes de gnaoua du XXe siècle. Ses enregistrements avec Randy Weston (The Splendid Master Gnawa Musicians of Morocco, 1992) sont un point d'entrée idéal.




