Institut national des beaux-arts d’Agadir – ancien complexe Jamal Dorra
Un ancien complexe culturel devenu école supérieure d’art
Le bâtiment connu pendant près de deux décennies sous le nom de Complexe culturel Mohamed Jamal Dorra accueille aujourd’hui l’annexe d’Agadir de l’Institut national des beaux-arts — INBA. Cette évolution est essentielle pour comprendre le lieu : il ne fonctionne plus comme un complexe culturel municipal généraliste que les associations peuvent réserver librement pour une exposition, une conférence ou un spectacle. Il est désormais consacré en priorité à l’enseignement supérieur des arts visuels, à la formation des artistes et designers et à la production pédagogique.
Le nom de Jamal Dorra demeure néanmoins très présent dans la mémoire collective d’Agadir, les archives culturelles, les indications de transport et les habitudes des habitants du quartier Dakhla.
Près de vingt ans de vie culturelle et universitaire
Avant sa transformation, le complexe relevait de la Commune d’Agadir et constituait l’un des principaux équipements culturels du quartier Dakhla. Sa proximité avec les facultés, les résidences universitaires et les différents établissements de l’Université Ibn Zohr lui donnait une fonction particulière : il était à la fois un lieu municipal et un espace de prolongement de la vie étudiante.
Sa programmation documentée comprenait notamment :
- des expositions d’arts plastiques et de patrimoine ;
- des rencontres de poésie et de littérature ;
- des conférences consacrées à la chanson et à la création amazighes ;
- des activités d’associations et de clubs universitaires ;
- des forums de l’emploi, de la formation et des métiers ;
- des réunions publiques et certaines sessions du conseil communal ;
- des hommages à des artistes et intellectuels de la région.
- des salles de cours ;
- des ateliers spécialisés en pratiques plastiques ;
- des espaces consacrés au design ;
- des ateliers liés au dessin, à la narration visuelle et aux images en mouvement ;
- une bibliothèque et des ressources documentaires ;
- des espaces d’exposition et de présentation des travaux ;
- un auditorium ou espace destiné aux conférences, restitutions et projections ;
- des bureaux administratifs et locaux pédagogiques.
- design graphique et communication visuelle ;
- architecture intérieure et scénographie ;
- design d’objet et mobilier ;
- observation des comportements et des besoins ;
- réflexion sur l’environnement, les territoires et les transformations sociales.
- une sélection administrative ;
- une épreuve écrite de culture artistique et générale ;
- une épreuve pratique ;
- la présentation d’un portfolio ;
- un entretien devant un jury.
En 2010, son hall accueillait par exemple une exposition réunissant de jeunes plasticiens de l’Université Ibn Zohr. En 2011, le premier Forum d’Agadir de la poésie et de la nouvelle y réunissait auteurs et lecteurs. Des rencontres autour de l’artiste amazigh, du patrimoine matériel, de la mémoire locale et de la création étudiante ont ensuite confirmé son rôle de plateforme culturelle du sud de la ville.
Le nom de Mohamed Jamal Dorra
Le complexe avait été nommé au début des années 2000 en mémoire du jeune Palestinien Mohammed al-Durrah, dont la mort filmée à Gaza en septembre 2000 avait profondément marqué l’opinion publique internationale et marocaine.
Même si les communications institutionnelles récentes emploient principalement le nom Institut national des beaux-arts d’Agadir, l’appellation Jamal Dorra reste attachée à l’histoire du bâtiment. Cette mémoire ne doit pas être effacée : elle permet de comprendre pourquoi de nombreux habitants continuent à désigner le site, l’arrêt de bus et le secteur voisin par l’ancien nom du complexe.
De la fermeture à la reconversion
Le complexe a connu plusieurs années de fermeture et de dégradation. En juillet 2022, le ministère chargé de la Culture annonçait déjà sa réhabilitation et son affectation à un futur institut des beaux-arts à Agadir.
Les travaux ont ensuite transformé les espaces culturels municipaux en locaux adaptés à l’enseignement artistique. Le projet a été mené dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et la Commune d’Agadir. L’investissement annoncé lors de l’inauguration s’élève à 16 millions de dirhams.
L’annexe a été officiellement inaugurée le 21 janvier 2025. Elle a été pensée comme une extension territoriale de l’Institut national des beaux-arts, établissement public de référence historiquement implanté à Tétouan.
Un campus artistique d’environ 4 000 m²
Les informations publiées lors de la transformation évoquent une superficie globale proche de 3 979 m². La réhabilitation a permis d’aménager :
Le jardin Abderrahman El Youssoufi, aménagé à proximité, est également présenté par la Commune et le ministère comme un prolongement extérieur du campus et un espace susceptible de nourrir les pratiques créatives des étudiants.
Arts plastiques
La filière Arts plastiques accompagne les étudiants dans la construction d’une pratique artistique personnelle. Elle mobilise le dessin, la peinture, la sculpture, les techniques mixtes et les formes contemporaines de création.
L’objectif n’est pas seulement d’apprendre à maîtriser des matériaux. Les étudiants développent également une culture de l’image, une capacité de recherche, un regard critique et une démarche d’auteur. Les ateliers, les analyses d’œuvres, l’histoire de l’art, les projets collectifs et les présentations publiques participent à cette progression.
Design et société
La filière Design et Société s’intéresse aux usages, aux espaces et aux objets qui organisent la vie quotidienne. Le programme national de l’INBA relie notamment :
À Agadir, cette filière dispose d’un terrain particulièrement riche : reconstruction urbaine, identité visuelle de la ville, tourisme, artisanat du Souss, patrimoine amazigh, développement des services et émergence de nouvelles industries créatives.
Arts narratifs visuels
La filière Arts narratifs visuels est consacrée au récit en images. Elle associe notamment dessin, scénario, bande dessinée, illustration, photographie, animation et initiation aux langages du cinéma.
Elle répond à l’évolution des métiers créatifs contemporains : édition, communication, animation, production audiovisuelle, jeu vidéo, médias numériques, publicité, cinéma et création de contenus. L’étudiant y apprend à construire une narration, définir un univers graphique et articuler texte, séquence, personnage, espace et mouvement.
Admission et cursus
L’accès à l’INBA se fait sur concours et ne correspond pas à une simple inscription libre. Les candidats doivent consulter chaque année l’avis officiel publié par l’établissement et le ministère.
Le processus peut comprendre :
Le nombre de places varie selon l’année universitaire et la répartition nationale entre les campus. Pour la session 2026-2027, l’avis de concours attribuait 30 places au centre d’Agadir. Cette donnée constitue un repère daté et ne doit pas être considérée comme une capacité permanente.
Un enjeu pour les industries culturelles et créatives du Sud
L’ouverture de l’INBA à Agadir réduit la concentration historique des formations artistiques supérieures dans le nord et le centre du Maroc. Elle offre aux jeunes de Souss-Massa et des régions méridionales une possibilité de formation publique plus proche de leur territoire.
L’établissement peut alimenter plusieurs secteurs : arts visuels, design, communication, bande dessinée, illustration, architecture intérieure, animation, cinéma, photographie, scénographie, muséographie et création numérique. Il constitue ainsi une infrastructure de formation autant qu’un outil de développement des industries culturelles et créatives.
Sa présence à proximité de l’Université Ibn Zohr ouvre aussi des perspectives de coopération avec les sciences humaines, l’architecture, les technologies, l’environnement, le patrimoine et l’entrepreneuriat.
Une reconversion qui a suscité un débat local
La transformation n’a pas été accueillie sans réserve. Des acteurs locaux ont regretté la disparition d’un équipement culturel de proximité accessible aux associations, aux étudiants et aux habitants du quartier. D’autres ont salué l’arrivée d’une formation supérieure artistique qui manquait à Agadir.
Ces deux lectures ne sont pas nécessairement incompatibles. La création de l’INBA représente une avancée importante pour la formation artistique, tandis que la perte d’un espace municipal généraliste pose la question de l’accès quotidien des associations et des publics à des salles de répétition, d’exposition et de rencontre.
L’usage actuel du bâtiment est présenté sans effacer sa fonction sociale et culturelle antérieure.
Accès et activités publiques
L’INBA d’Agadir est un établissement d’enseignement. Il ne se visite donc pas comme un musée et ne dispose pas d’une programmation commerciale quotidienne.
Certaines expositions d’étudiants, soutenances, rencontres, conférences ou journées portes ouvertes peuvent être accessibles au public lorsqu’elles sont annoncées. Pour une visite, une candidature ou un événement précis, il faut consulter le site officiel de l’INBA et les publications du ministère.
Pour poursuivre la découverte de la vie culturelle d’Agadir, consultez Agadir Musée d’Art, le Cinéma Sahara, l’Institut français d’Agadir, Les Étoiles du Souss et les événements culturels à Agadir.
Informations pratiques
Nom actuel : Institut national des beaux-arts — annexe d’Agadir
Ancien nom : Complexe culturel Mohamed Jamal Dorra Adresse : avenue 11 Janvier, quartier Dakhla, Agadir 80000, Maroc Type : établissement public d’enseignement supérieur artistique Filières : Arts plastiques, Design et Société, Arts narratifs visuels Admission : concours annuel Site officiel : inba.ma