Le Maroc franchit une étape importante dans son histoire culturelle internationale. Pour la première fois, le Royaume dispose d’un pavillon national officiel à la Biennale d’art de Venise, au cœur de l’Arsenale. L’artiste Amina Agueznay y présente Asǝṭṭa, une installation immersive qui transforme le tissage, la mémoire et les savoir-faire artisanaux en langage contemporain.
Ouverte au public du 9 mai au 22 novembre 2026, la 61e Exposition internationale d’art de Venise rassemble des artistes et des pavillons nationaux du monde entier sous le thème In Minor Keys, imaginé par la commissaire camerounaise Koyo Kouoh.
Asǝṭṭa, le tissage comme métaphore de la transmission
Le titre de l’œuvre renvoie à un terme amazigh associé au tissage rituel. Dans l’installation, le fil ne sert pas seulement à produire une forme décorative : il devient une manière de parler des liens entre les générations, des gestes transmis, des mémoires familiales et des circulations entre les territoires.
Le pavillon occupe environ 300 m². Plus de 200 bandes de laine filée et teinte naturellement, réalisées notamment dans la région de Tiflet, sont suspendues dans l’espace. Certaines intègrent des éléments tactiles, des perles, des formes animales ou des détails inspirés de la bijouterie et du travail textile.
L’œuvre a été conçue avec la participation de 166 artisanes et artisans issus de différentes régions du Maroc. Cette dimension collective est centrale : Amina Agueznay ne présente pas l’artisanat comme une simple source d’inspiration, mais comme un savoir vivant, porté par des personnes, des communautés et des économies locales.
Une artiste entre architecture, bijou et création contemporaine
Formée à l’architecture aux États-Unis, Amina Agueznay a ensuite développé une pratique qui traverse la bijouterie, le textile, l’installation et le travail de terrain avec les artisans. Elle se définit volontiers comme une « artisane-créatrice », une formule qui traduit son refus d’opposer art contemporain et métiers d’art.
Le projet est présenté avec la commissaire Meriem Berrada, directrice artistique du Musée d’art contemporain africain Al Maaden à Marrakech. Leur collaboration donne au pavillon une structure muséale claire tout en préservant le caractère organique, tactile et symbolique de l’œuvre.
Plusieurs éléments rendent hommage aux femmes qui ont accompagné le parcours de l’artiste, notamment sa mère, la peintre Malika Agueznay, figure de la génération artistique marocaine de l’après-indépendance.
Un signal fort pour la diplomatie culturelle marocaine
La présence officielle du Maroc à Venise dépasse la seule reconnaissance individuelle d’une artiste. Elle marque une volonté de mieux inscrire la création marocaine dans les grands circuits internationaux de l’art contemporain.
Le choix d’un projet fondé sur le tissage, la transmission et la coopération avec les artisans permet également de présenter une image du Maroc qui ne se limite pas au patrimoine figé. Le pavillon montre comment les savoir-faire traditionnels peuvent devenir des ressources de création, d’innovation et de développement pour les industries culturelles et créatives.
Cette approche pose toutefois plusieurs questions essentielles : comment rémunérer justement les artisans impliqués ? Comment documenter leurs contributions ? Comment éviter que les techniques locales soient réduites à une esthétique exportable ? Le projet d’Amina Agueznay apporte une réponse par la collaboration, la reconnaissance des personnes et le respect des méthodes de travail existantes.
Une œuvre marocaine, mais aussi méditerranéenne
Des liens subtils relient le Maroc et Venise dans le pavillon : motifs de lions, perles évoquant les anciennes techniques de Murano, bijoux protecteurs et surfaces qui rappellent les seuils architecturaux. Ces correspondances racontent une Méditerranée faite de circulations, de migrations et d’échanges de matières.
Avec Asǝṭṭa, le Maroc ne cherche pas seulement à exposer son identité. Il propose une manière de penser la culture comme une matière en mouvement, continuellement tissée entre héritage et création.
Informations pratiques
- Biennale Arte 2026 : du 9 mai au 22 novembre 2026
- Lieu : Arsenale, Venise
- Artiste : Amina Agueznay
- Commissaire : Meriem Berrada
- Pavillon national du Maroc
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