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Lydia Ourahmane à Venise : créer une œuvre avec un territoire plutôt que l’occuper

L’artiste algéro-britannique présente à Venise un ensemble d’œuvres produites avec la ville, ses matériaux, ses usages et ses habitants.

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Lydia Ourahmane à Venise : créer une œuvre avec un territoire plutôt que l’occuper

À Venise, Lydia Ourahmane ne vient pas simplement déposer des œuvres fabriquées ailleurs. Son exposition 5 Works se construit à partir de la ville : ses objets, ses mécanismes, ses bâtiments, ses déchets, ses habitants et les tensions entre usage collectif et appropriation privée.

Cette méthode donne à l’exposition une forme particulière. Chaque pièce est moins un objet autonome qu’une relation temporaire entre l’artiste, un lieu et les personnes qui le traversent.

Refuser la ville-décor

Venise est l’une des villes les plus photographiées et les plus utilisées comme scène culturelle. Les expositions internationales y attirent artistes, collectionneurs et institutions, au risque de transformer le territoire en décor disponible.

Lydia Ourahmane inverse ce rapport. Elle travaille avec ce qui existe déjà et s’interroge sur ce qui arrivera après l’exposition. Certains éléments sont destinés à retourner à leur usage initial ou à intégrer un projet collectif local.

Cette attention distingue son travail d’une production spectaculaire qui consomme un lieu avant de repartir. La question n’est plus seulement « que montre l’artiste ? », mais « que laisse-t-elle derrière elle ? ».

Des objets chargés de circulation

L’exposition rassemble notamment du linge hôtelier usagé, un dispositif lumineux inspiré de ceux des églises et des éléments liés à un projet de ponton pour l’île de Poveglia.

Ces matériaux ne sont pas neutres. Le linge raconte l’économie touristique et les passages anonymes. La lumière met en jeu le don, la croyance et la monétisation d’un geste. Le ponton évoque l’accès à une île, les usages communs et la capacité d’un groupe à reprendre possession d’un espace.

Ourahmane travaille souvent sur la migration, l’extraction, les héritages coloniaux et la manière dont les objets changent de sens lorsqu’ils traversent des frontières. À Venise, la circulation devient à la fois sujet et méthode.

Une pratique méditerranéenne sans folklore

Née en Algérie et installée entre plusieurs territoires, l’artiste refuse les représentations attendues d’une identité figée. Son travail ne cherche pas à illustrer une appartenance nationale par des symboles immédiatement reconnaissables.

Il observe plutôt les systèmes qui fabriquent les identités : administration, propriété, mémoire, déplacement, langue et histoire matérielle.

Cette approche fait écho à d’autres présences nord-africaines à Venise, notamment le premier pavillon officiel du Maroc porté par Amina Agueznay. Les deux projets sont différents, mais ils partagent une attention aux gestes, aux matières et aux réseaux humains qui rendent une œuvre possible.

Produire avec des personnes, pas à leur place

Une partie du travail a impliqué des habitantes de Venise, dont des femmes détenues. Cette collaboration pose des questions importantes : comment éviter que la participation ne devienne un argument de communication ? Qui est reconnu comme producteur de l’œuvre ? Quelle rémunération, quelle visibilité et quelle continuité sont prévues ?

La pratique contextuelle n’est crédible que si elle rend lisibles ces relations. Le public doit pouvoir comprendre comment les décisions ont été prises et ce que chaque partenaire retire du projet.

Dans le cadre plus large de la Biennale, cette exigence rejoint la vision de Koyo Kouoh pour l’exposition In Minor Keys, attentive aux formes moins bruyantes de présence, de résistance et de transmission.

Une autre idée de l’exposition

5 Works montre que l’exposition peut être conçue comme un processus plutôt que comme une accumulation d’objets. Le musée ou la galerie devient un espace où se rencontrent des usages, des récits et des responsabilités.

Cette manière de travailler demande plus de temps. Elle est moins facilement reproductible et parfois plus difficile à vendre. Mais elle ouvre une voie essentielle pour l’art contemporain : produire une expérience qui ne dissimule pas les conditions de sa fabrication.

Lydia Ourahmane propose ainsi une forme d’écologie relationnelle. Elle ne consiste pas seulement à réduire des matériaux, mais à examiner les conséquences d’une œuvre sur le lieu qui l’accueille.

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